Apolline Crapiz



Depuis le soir de ce funeste 6 mai, un véritable rouleau compresseur psychologique est sensé aplatir les espoirs de la gauche, les réduire à l'ombre de leur ombre et à faire passer ceux qui refusent le Sarkozysme et l'ultra libéralisme pour des vendeurs d'utopie, des rêveurs à peu de frais, des ratés de la pensée pratique et de la vision économique juste.
Ainsi va la cour : les média déjà serviles avant l'élection sont devenus les ambassadeurs adoubés de l'Elysée, le style Sarkozy, si innovant en short et lunettes noires, le dynamisme du nouveau gouvernement, qui cache déjà mal certaines discordes, la liberté et la rapidité d'action, d'autres mots pour signifier le passage en force des mesures les plus antisociales sans le dialogue avec les partenaires sociaux.
Devant ce modèle de rapidité, d'efficacité et de culture du résultat, raccourci sémantique qui mériterait bien une étude approfondie de tout ce qu'il sous entend comme mésinterprétations et régressions, ceux qui ont la volonté affirmée de dire qu'ils souhaitent une autre politique, une autre manière de penser et de diriger un pays passent pour des perdants obligés.
Ils sont les laissés pour comptes du débat démocratique : ceux qui n'entrent pas dans la fameuse dynamique engendrée par l'élection de Sarkozy. Dynamique qui ne s'accomplira dans toute son amplitude que si l'Assemblée Législative est aux ordres du Président; cette vérité là les candidats UMP aux législatives nous la serinent depuis des jours.
L'équipe présidentielle, resserrée autour d'un président qui entend concentrer le plus de pouvoirs entre ses mains ou dans les mains de ses plus proches collaborateurs, ne pourra donner sa pleine mesure de son action qu'en l'absence d'opposition.
Toute la politique annoncée par Sarkozy est fondée sur la force et l'intimidation. La plupart des réformes seront impopulaires et les promesses de campagne ne seront pas tenues. Il est évident que des mouvements sociaux vont arriver, évident que des contre pouvoirs et des oppositions vont se faire, mais il est évident aussi que sans une représentation politique solide, ces oppositions vont rencontrer encore plus de difficultés pour se faire entendre et respecter.
Aujourd'hui, le rôle de la gauche, l'engagement de la gauche est plus que jamais de fédérer et de donner du poids à ces oppositions : la gauche doit être le ferment et la parole des forces qui refusent la fatalité ultra libérale et qui proposent des alternatives.
Elle doit être aussi réfléchie qu'active et pour être active elle doit être représentée. En ce sens, l'élection de dimanche prochain est déterminante.
Nous ne devons pas sous-estimer le parcours remarquable de Ségolène Royal, les sentiments d'espoir et de confiance portés par sa candidature. Pas plus que nous ne devons oublier l'héritage mitterrandien mais au contraire se rappeler des réformes et des avancées sociales que la gauche a imposées quand elle a été au pouvoir.
Quel que soient les besoins de synthèse ou de confrontation des idées, il est primordial de dire et redire les différences fondamentales qui existent entre la droite et la gauche. Dire et redire qu'en dépit de quelques accords sur des généralités et des évidences, il s'agit de deux pôles de la pensée politique.
La pensée politique dans ce qu'elle peut avoir de plus noble et peut être de plus utopiste : la hiérarchie entre les valeurs d'humanisme et les valeurs économiques. Ce sont les utopies de gauche qui ont rendus ce monde un peu plus vivable pour tous, pas les poncifs d'une économie moralisatrice de la droite.
Dans notre région, saturée par la droite et l'extrême droite, il est encore plus primordial d'exprimer dès le premier tour un vote de gauche. D'affirmer une opposition cohérente et structurée.
Ne pas laisser une liberté d'action totale à des élus de droite qui se revendiquent sans complexe comme de proches amis pouvoir.
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