Apolline Crapiz



Quand on habite une ville comme Cannes, une ville presque entièrement liée au paraître, il faut s'attendre à des changements de décor.
C'est le lot commun après chaque congrès sur la Croisette, mais après le Festival du Film, les choses prennent des proportions en rapport avec l'évènement.
C'est d'autant plus choquant quand on n'a pas assisté à cette mue depuis des années. C'est un choc. C'est un triste spectacle.
Déjà, il y a la retombée de la tension dans la ville, cette oppression absurde qui vous prend dès que l'on sort de chez soi. L'agitation épileptique du centre ville, les noeuds papillons vendus au détail dans des présentoirs en plastique aux caisses du super marché, juste là pour assortir une improbable tenue des grands soirs, un sordide comique à vous donner un raccourci vertigineux du ridicule et du dérisoire. La chasse au places pour les soirées, les résumés et les avis sur les films étrangers, mal vus et mal compris par le voisin ou le commerçant du coin qui se croit critique avisé, sans oublier la grande soirée des Cannois, où tout un chacun s'endimanche pour mettre ses semelles dans les traces de pas des Stars. Les débats entre le cinéma d'auteur, le cinéma qui se veut un art, un cinéma qui se veut industrie, le mélange réussi ou improbable des deux, les arnaques, les vrais produits du système et les frondeurs, et ceux qui font semblant d'être parmi les premiers pour survivre avec les seconds.
Le Festival du Film est sans doute une manne économique pour la ville, l'unique quotidien en a fait des unes, mais c'est surtout une manne pour le Palais des Festivals et pour un secteur particulier de l'économie de la ville et de la région : les hôtels, les restaurants, certains commerçants. Pour les autres, c'est du stress, de l'envie, le sentiment d'être hors la place chez soi.
Certains commerçants d'ailleurs sont même distingués par la Mairie comme vitrine d'or, avec une mise en scène dérisoire de l'Evénement, histoire de flatter la clientèle qui se sent « dans l'évènement » et d'espérer qu'un acteur ou un producteur viendra acheter une paire de chaussures, un sac ou un T-shirt pour ramener à bobone. Rêver toujours.... une petite récompense et le champagne de la municipalité tiendra lieu de palme d'or.
L'illusion a été renforcée par des panneaux présentés tout au long de la rue d'Antibes, sur lesquels Cannes faisait le mur, à coup de photos de photographes de mode ou autre créateurs pour papier glacé La ville a le mauvais goût de promotionner le plus possible ce style déjà ringard depuis des années, il n'y a qu'à ce souvenirs des expos passées : la mode qui se démode est à sa place.
Et après, il y a le vide, il y a véritablement la Croisette qui se vide, l'escalier que l'on démonte, parce que le « bel » escalier rouge n'est en rien l'escalier original du Palais des Festivals, remonté, rehaussé, en contre plaqué, posé sur des planches et du vide, comme l'évènement lui-même.
Ce sont les fleurs que l'on enlève, le chantier perpétuel de la promenade, les touristes plantés devant le décor que l'on démonte et que l'on entend souvent dire « mais ce n'était pas comme cela à la télé ! ».
Exit l'écran géant, rentré pour les grandes occasions, comme s'il n'y avait pas, pour les habitants de Cannes ou de la Bocca, des occasions toute l'année de présenter des évènements gratuits ou accessibles diffusés sur grand écran.
Exit les renforcements de police qui faisaient ressembler les abords du Palais des Festivals à une citadelle. Eteignez les projecteurs, maintenant on est entre soi.
La petite vie provinciale reprend son cours. En attendant d'autres congrès. Celui des Lions dans quelques semaines. Tellement moins prestigieux, juste un petit feu d'artifice à 21 heures, qui sait ?
Mais, là il y aura une nuance de taille ; les expositions de photos, si elles sont accessibles au public, sont celles de véritables créateurs. Elles sont souvent passionnantes, dérangeantes, artistiques.
Qui en fait la promotion d'ailleurs ? Qu'est ce que cela pourrait rapporter ?
Ni culture, ni humanisme, ni générosité : Cannes est une citée de l'image, projetée sur un écran blanc, ne cherchez rien derrière.
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